Lecture: Chroniques de la guerre de Floride (1562-1568)
Chroniques de la guerre de Floride (1562-1568)
René de Laudonnière, Le Challeux et de Gourgues - préface de Frank Lestringant
Editions Le Passager clandestin, 2012, pages
A l’occasion du 450ème anniversaire de l’arrivée de Jean Ribault (v 1520- 1565) en Floride, marquant en 1562, le début de ce qui aurait dû être une colonisation française de cette partie du monde, les éditions Le Passager clandestin, viennent de faire paraître un intéressant ouvrage qui redonne les textes de l’époque. L’éditeur sous titre son ouvrage une Saint-Barthélemy au Nouveau Monde pour rappeler combien les évènements de Floride s’inscrivent aussi dans le contexte des Guerres de Religion, contexte national français, contexte international avec le rôle du roi d’Espagne.
En 1562, le capitaine dieppois Jean Ribault aborde les côtes de la Terra Florida qu’il proclame territoire de Nouvelle France et fonde Charles Fort deux ans avant Fort Caroline qui sera créé par Laudonnière. Trois ans plus tard, les Espagnols déjà bien implantés dans la région et à Cuba, fondent non loin de là, un peu plus au sud, la colonie de San Augustin. Commence alors une guerre entre colons protestants français et catholiques espagnols.
L’ouvrage reprend les textes de René de Goulaine de Laudonnière Le second voyage des Français en la Floride , de Nicolas Le Challeux, Discours de l’histoire de la Floride , de Dominique de Gourgues, La reprinse de la Floride , quelques rares témoins français à avoir participé à l’une des trois expéditions menées dans cette partie du monde entre 1565 et 1568 et survécu aux massacres. Ces trois textes sont un triple témoignage : d’abord de l’état de la Floride à cette époque avec des descriptions de ses habitants et de sa faune et flore ; ensuite des difficultés des installations des Français et de leurs rapports avec les Indiens ; enfin de la violence des combats entre européens qui, abordant de nouvelles terres, y exportent leurs guerres et leurs sanglantes rivalités dont le plus important épisode est le massacre des hommes de Jean Ribault en 1565.
Bien évidemment nous ne pouvons que regretter que le texte de Jean Ribault n’ait pas été inséré dans ce volume. En revanche nous apprécions tout à fait la très claire préface du Professeur Frank Lestringant ainsi que ses nombreuses notes.
Editions Le Passager clandestin, Le Château, 72290, Congé-sur-Orne,
www.lepassagerclandestin.fr
dimanche, avril 01, 2012 |
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La guerre de 14 et la famille Ruellan
Sans doute aurait-on pu croire peu à peu les témoignages sur la guerre de 14-18 définitivement taris avec la mort des derniers poilus. Pourtant l’épreuve fut un tel traumatisme pour la France et les Français que le temps n’estompe pas le besoin d’en parler. D’ailleurs le centenaire qui s’approche et pour lequel déjà de nombreuses manifestations commencent à s’organiser sera l’occasion de nombreux nouveaux ouvrages et de rééditions.Le témoignage que vient de donner Marc JEAN, responsable des archives municipales de Saint-Malo, sur les frères Ruellan[1] participent à la fois du devoir de mémoire et de la découverte de textes demeurés jusqu’alors peu connus. Il en est ainsi de ce manuscrit familial écrit au début des années 1930 et qui n’était pas sorti du cercle de famille. Marc JEAN a pensé à juste titre qu’il pouvait intéresser un public plus large.
La famille Ruellan a eu dix enfants, dix frères engagés dans le conflit. Avec six d’entre eux morts aux combats et un autre décédé des suites il s’agit de la famille française la plus éprouvée. Mettant leur amour de la patrie toujours au premier rang de leurs préoccupations aucun n’a accepté de faire jouer les quelques « privilèges » accordés aux familles déjà éprouvées par des morts ou dont les pères étaient chargés de famille ce qui était le cas pour plusieurs des frères Ruellan. Pour eux il ne s’agissait pas seulement de servir mais d’être au front. C'est-à-dire là où il y avait de l’action et donc le moyen de faire triompher les armes.
Toute leur énergie est tournée vers la victoire et pour cela ils acceptent les conditions les plus dures sans se plaindre et surtout acceptent de ce conflit qui n’en finit pas. Il est bien rappelé au début que l’idée d’un conflit court était partagée par tous. Aucun combattant ne pensait être parti pour près de 5 ans. Le premier Noël approchant cela fut donné comme un premier terme et puis l’été et puis chaque offensive et cela jusqu’en novembre 1918 et les derniers terribles combats.
Le livre montre toute la place que tenait alors la foi profonde de tous ses combattants. Si l’un des frères était prêtre, les autres n’étaient que des catholiques « ordinaires » mais tous partagent la même foi et ne peuvent détacher leur sacrifice de celui qui fonde la religion chrétienne. Leur foi est partie intégrante de leur conduite. Leur devoir de chrétien se confond avec leur devoir vis à vis de la Patrie. Par là aussi le livre est très intéressant car il est très loin de tout ce que nous connaissons actuellement de société laïcisée dans laquelle on distingue le domaine du religieux et celui des devoirs que chacun de nous a vis à vis de la société civile.
Enfin l’intérêt du livre réside aussi dans son introduction dans laquelle Marc JEAN donne des chiffres intéressants que le nombre des victimes du premier conflit mondial. Il écarte l’assertion souvent entendue qui voudrait que la Bretagne ait eu plus de morts que les autres régions. Il dresse un tableau de ces familles qui ont plus d’autres contribué au conflit en y donnant beaucoup de leur fils. Si la famille Ruellan fut la plus éprouvée il rappelle opportunément le nom d’autres qui ont perdu quatre ou cinq enfants comme celle du futur Président de la République Paul Doumer dont quatre fils ont été tués.
Un bel ouvrage donc où l’on puise beaucoup et dont il faut espérer que l’approche du centenaire permette une large diffusion.
[1] Les dix frères Ruellan héros et martyrs 1914-1918, édition présentée par Marc JEAN, Saint-Malo, 2011, éditions Cristel, 270 pages, ISBN 978-284421-078-4, 22,70 €.
La famille Ruellan a eu dix enfants, dix frères engagés dans le conflit. Avec six d’entre eux morts aux combats et un autre décédé des suites il s’agit de la famille française la plus éprouvée. Mettant leur amour de la patrie toujours au premier rang de leurs préoccupations aucun n’a accepté de faire jouer les quelques « privilèges » accordés aux familles déjà éprouvées par des morts ou dont les pères étaient chargés de famille ce qui était le cas pour plusieurs des frères Ruellan. Pour eux il ne s’agissait pas seulement de servir mais d’être au front. C'est-à-dire là où il y avait de l’action et donc le moyen de faire triompher les armes.
Toute leur énergie est tournée vers la victoire et pour cela ils acceptent les conditions les plus dures sans se plaindre et surtout acceptent de ce conflit qui n’en finit pas. Il est bien rappelé au début que l’idée d’un conflit court était partagée par tous. Aucun combattant ne pensait être parti pour près de 5 ans. Le premier Noël approchant cela fut donné comme un premier terme et puis l’été et puis chaque offensive et cela jusqu’en novembre 1918 et les derniers terribles combats.
Le livre montre toute la place que tenait alors la foi profonde de tous ses combattants. Si l’un des frères était prêtre, les autres n’étaient que des catholiques « ordinaires » mais tous partagent la même foi et ne peuvent détacher leur sacrifice de celui qui fonde la religion chrétienne. Leur foi est partie intégrante de leur conduite. Leur devoir de chrétien se confond avec leur devoir vis à vis de la Patrie. Par là aussi le livre est très intéressant car il est très loin de tout ce que nous connaissons actuellement de société laïcisée dans laquelle on distingue le domaine du religieux et celui des devoirs que chacun de nous a vis à vis de la société civile.
Enfin l’intérêt du livre réside aussi dans son introduction dans laquelle Marc JEAN donne des chiffres intéressants que le nombre des victimes du premier conflit mondial. Il écarte l’assertion souvent entendue qui voudrait que la Bretagne ait eu plus de morts que les autres régions. Il dresse un tableau de ces familles qui ont plus d’autres contribué au conflit en y donnant beaucoup de leur fils. Si la famille Ruellan fut la plus éprouvée il rappelle opportunément le nom d’autres qui ont perdu quatre ou cinq enfants comme celle du futur Président de la République Paul Doumer dont quatre fils ont été tués.
Un bel ouvrage donc où l’on puise beaucoup et dont il faut espérer que l’approche du centenaire permette une large diffusion.
[1] Les dix frères Ruellan héros et martyrs 1914-1918, édition présentée par Marc JEAN, Saint-Malo, 2011, éditions Cristel, 270 pages, ISBN 978-284421-078-4, 22,70 €.
mercredi, décembre 14, 2011 |
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Balade en Midi-Pyrénées
Il y a quelques temps j’avais présenté cette collection des éditions Alexandrines[1] qui, sous le nom générique « Balade en…sur les pas des écrivains », consiste à proposer une promenade à travers une région ou un département en donnant la « parole » à des écrivains du passé présentés par des auteurs modernes.
Pour nous préparer aux futures vacances un volume vient de paraître consacré à la région Midi-Pyrénées c'est-à-dire au quatre départements de l’Aveyron, du Lot, du Tarn et du Tarn et Garonne. Avec une préface de Dominique Reynié, professeur à l’IEP de Paris, il a été rédigé sous la direction de Rémi Soulié[2]. Une nouvelle fois il faut tirer un grand coup de chapeau à l’éditeur qui sait faire de ces « balades » autre chose qu’un simple guide touristique, recopiage pour la énième fois de ce que nous savons déjà tous. Avec ce livre nous allons de découverte en découverte. En effet non seulement nous parcourons parfois des lieux qui évoquent des souvenirs dont notre mémoire est déjà imprégnée, Françoise Sagan à Cajarc, Champollion à Figeac –et sur ce point l’article est très intéressant car il donne une approche nouvelle du lien entre cette ville et l’égyptologue-, ou encore Louis de Bonald à La Monna près de Millau, mais surtout nous découvrons une partie de l’âme profonde du pays à travers l’oeuvre de grands inconnus.
Sur ce point ce volume parait être différent des précédents qui restaient plus classiques dans les choix. Telle avait été l’impression de celui sur la Bretagne nord dont j’avais eu l’occasion de rendre compte. Nous y étions en compagnie d’auteurs connus. En Midi-Pyrénées, la balade dans l’érudition va bien au-delà puisque nous découvrons des auteurs qu’il y a encore peu nous aurions qualifié de locaux. Pourtant n’est-ce pas par eux que nous pouvons sentir l’âme des pays vivre ? Allons donc découvrir François Fabié, le chantre du Rouergue (et d’abord où est-ce le Rouergue ?) qui d’ailleurs a vécu le plus grande partie de sa vie à Cluny. D’autres ont du accepter cet exil car ces terres étaient rudes à vivre. Ces paradis ainsi souvent perdus, nombreux savent ainsi nous les faire partager, comme Jean Boudou, Jean-Henri Fabre, Henri Mouly, Antonin Perbosc et Gaston Puel… Tous ces auteurs nous font sortir d’un monde auquel tout parisianisme échappe. Leur nom même sent le terroir et toutes les richesses de l’au-delà de la ville. En les lisant on comprend mieux pourquoi nous sommes tous, si souvent, avides de prendre nos voitures et d’avaler des kilomètres pour aller à la rencontre des paysages, des pays et des hommes (des paysans ?) qui parlent autant à notre esprit qu’à nos cœurs.
Peut-être y-a-t-il derrière ces textes une certaine nostalgie, mais il s’agit alors d’une saine nostalgie. Celle qui permet de retrouver le goût du vrai. Celle qui se souvient que la France a été créée par ses paysans. Il faut ajouter, pour ceux qui voudraient être plus « actuels » et plus près de références plus classiques que le livre parle aussi d’André Breton, de Georges Pompidou, de Pierre Loti, de Lacordaire et de Las Cases parmi encore bien d’autres.
Ainsi ce volume plaira à beaucoup de lecteurs. Un très bel ouvrage à emporter en vacances… et à rapporter pour y puiser souvent un peu d’énergie quand, l’hiver venu, il fera sombre.
samedi, septembre 17, 2011 |
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